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Meurtre avoué, justice empêchée : ce que dit vraiment l’affaire Bonfanti

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13 février 2026

Pendant plusieurs jours, l’affaire Marie-Thérèse Bonfanti a occupé l’espace médiatique dans un climat de stupeur et d’indignation. Les mots « aveux », « meurtre » et « prescription » ont circulé en boucle, nourrissant une émotion collective intense. Mais une fois le choc passé, vient le temps du retour à froid, celui qui permet de comprendre ce que la justice a réellement décidé — et pourquoi.

Rappel des faits : un meurtre ancien, longtemps sans réponse

Le 22 mai 1986, Marie-Thérèse Bonfanti, âgée de 25 ans, disparaît à Pontcharra, en Isère. Elle effectuait ce jour-là sa tournée de distribution de journaux lorsqu’elle ne rentre pas à son domicile. L’alerte est rapidement donnée par son entourage et une enquête est ouverte. Les investigations de l’époque s’orientent vers une possible agression, mais aucun élément matériel décisif ne permet d’identifier un suspect.

En 1987, faute de preuves suffisantes, la procédure judiciaire aboutit à un non-lieu. Le dossier est alors refermé et l’affaire tombe progressivement dans l’oubli judiciaire, malgré les démarches répétées de la famille pour obtenir des réponses.

Plus de trente ans plus tard, dans le cadre du travail de réexamen des « cold cases », l’enquête est relancée. Les enquêteurs auditionnent de nouveau plusieurs personnes déjà entendues dans les années 1980. En 2022, un homme reconnaît avoir tué Marie-Thérèse Bonfanti. Il explique qu’une altercation liée à un différend banal aurait dégénéré et conduit à l’étranglement de la jeune femme. Il indique également le lieu où il avait dissimulé le corps, permettant aux enquêteurs d’en retrouver des restes.

Le choc des révélations, puis l’emballement

L’annonce des aveux de cet homme a ravivé une affaire longtemps enfouie dans les archives judiciaires. Rapidement, l’indignation s’est imposée : comment accepter qu’un crime reconnu puisse rester sans procès ? Dans les médias et sur les réseaux sociaux, la décision judiciaire a été perçue par beaucoup comme un renoncement, voire comme une défaillance du système.

Ce moment de chaos médiatique s’est accompagné de raccourcis, parfois d’amalgames, et d’une confusion entre ce qui relève de la morale, de l’émotion et du droit.

Ce que la justice a réellement tranché

À froid, la décision apparaît plus lisible. La justice n’a pas nié le crime. Elle n’a pas non plus ignoré les aveux. Elle a appliqué une règle de droit : celle de la prescription. En droit pénal français, la prescription met fin à la possibilité de poursuivre une infraction après l’écoulement d’un délai déterminé, lorsque aucune action judiciaire n’est venue l’interrompre.

Dans cette affaire, les juridictions ont estimé que le temps écoulé ne pouvait pas être neutralisé par les aveux tardifs du suspect. Autrement dit, l’action publique était déjà éteinte lorsque la vérité est revenue à la surface. La justice ne s’est donc pas prononcée sur la culpabilité, mais sur sa propre capacité légale à juger.

Une décision juridique, pas une absolution

C’est là que réside le cœur du malentendu. La prescription n’équivaut ni à une innocence proclamée, ni à une justification du crime. Elle ne blanchit pas les faits. Elle signifie simplement que le droit interdit désormais à la justice pénale d’agir.

Ce cadre légal, souvent mal compris, vise à garantir la sécurité juridique et à éviter des procès rendus impossibles par la disparition des preuves, des témoins ou des conditions d’un débat équitable. Dans le cas Bonfanti, la justice a considéré que ces principes devaient primer, même face à l’émotion suscitée par les aveux. En clair : le meurtrier n’est pas acquitté, il est juridiquement hors d’atteinte

Une frustration légitime, une douleur intacte

Pour la famille de la victime, cette explication juridique n’efface rien. Le retour de la vérité sans jugement ouvre une blessure paradoxale : celle de savoir, sans pouvoir entendre une condamnation. Le sentiment d’inachevé est d’autant plus fort que le combat judiciaire a duré des décennies.

Cette frustration est largement partagée dans l’opinion publique, où beaucoup peinent à accepter qu’un crime de sang puisse rester impuni au regard de la loi.

Ce que cette affaire dit de notre rapport à la justice

L’affaire Marie-Thérèse Bonfanti révèle un décalage profond entre l’attente sociale de justice et le fonctionnement réel du droit. Elle rappelle que la justice pénale n’est pas un outil de réparation morale, mais un cadre strict, parfois brutal, qui obéit à ses propres règles.

Une fois le tumulte médiatique retombé, cette affaire pose une question essentielle : faut-il adapter le droit aux crimes révélés tardivement, ou accepter que certaines vérités arrivent trop tard pour être jugées ?

Le retour à froid n’efface pas l’émotion, mais il permet au moins de comprendre ce qui, dans cette affaire, relève de la loi — et ce qui dépasse, douloureusement, le champ de la justice.

Photo : franceinfo.fr

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