Élections du CNB 2026 : comment les avocats peuvent peser sur les orientations de la profession
Le Conseil national des barreaux est l’organe qui représente l’ensemble de la profession d’avocat en France auprès des pouvoirs publics, notamment du ministère de la Justice et du Parlement. Il regroupe les 166 barreaux français, adopte des décisions à caractère normatif qui s’intègrent au Règlement intérieur national (RIN), négocie les réformes procédurales avec la Chancellerie, pilote la formation professionnelle initiale et continue et prend des positions publiques sur les textes législatifs ou réglementaires qui affectent la profession.
Son assemblée générale des 10 et 11 septembre 2026 a illustré l’étendue concrète de ces attributions : le CNB y a examiné des contributions budgétaires envisagées pour 2027, adopté une résolution sur la publicité des décisions disciplinaires en matière de harcèlement et de discrimination, rendu publique la quatrième édition du vade-mecum de l’exercice du droit et pris position sur une proposition de loi relative aux violences sexuelles et sexistes. Ce que le CNB décide engage l’ensemble des 166 barreaux : sa composition, renouvelée à l’occasion des élections, détermine les équilibres politiques internes sur chacun de ces dossiers.
La mécanique électorale : deux collèges, deux circonscriptions
Les élections du CNB reposent sur un système à deux collèges distincts. Le collège ordinal rassemble des membres élus par les conseils de l’Ordre des barreaux, tandis que le collège général est composé de membres élus directement par les avocats inscrits au tableau. Chaque collège se subdivise en deux circonscriptions : une nationale et une pour Paris. Les listes comportent une alternance homme-femme, conformément aux exigences de parité applicables au scrutin.
Le 4 octobre 2026, le CNB a publié les listes officielles des candidatures pour les quatre combinaisons collège-circonscription, sous forme de documents PDF accessibles sur son site. Cette publication constitue le premier matériau concret dont les avocats disposent pour préparer leur vote : elle permet d’identifier les candidats par barreau d’origine, de repérer les affiliations associatives ou syndicales éventuellement mentionnées et de commencer à comparer les profils en présence. Les syndicats et associations professionnelles qui soutiennent des listes publient généralement leurs plateformes programmatiques en amont du scrutin, offrant ainsi une lecture complémentaire aux listes officielles.
Les quatre dossiers ouverts que le futur CNB devra porter
La prochaine mandature héritera de chantiers directement issus des travaux conduits depuis septembre 2026.
Le premier est la régulation de l’intelligence artificielle dans la pratique des avocats. Le partenariat signé entre le CNB et Jimini AI pour offrir une solution d’IA juridique à tous les élèves-avocats de France s’accompagne de recommandations sur la prévention des biais, la protection des données sensibles des clients et la vérification systématique des résultats produits. La question de savoir si ce cadre doit s’étendre à la formation continue des avocats en exercice, et selon quelles modalités réglementaires, sera portée par le futur CNB.
Le deuxième chantier concerne la protection du périmètre du droit. La quatrième édition du vade-mecum de l’exercice du droit, publiée le 15 septembre 2026, identifie de nouveaux risques : prestations de juristes indépendants, intervention d’experts ou de mandataires d’assurés dans le champ du dommage corporel, contournement possible par des plateformes numériques et par l’IA générative. Le futur CNB devra arbitrer entre une stratégie contentieuse active, en poursuivant les actions engagées pour faire cesser les pratiques d’exercice illégal du droit, et une approche plus sélective vis-à-vis de certains acteurs numériques.
Le troisième chantier est économique. Lors de l’assemblée générale de septembre 2026, le CNB a adopté un rapport alertant sur les conséquences de deux nouvelles contributions envisagées dans le projet de loi de finances pour 2027 : la contribution pour l’aide juridique en appel et la contribution pour la justice économique. Ces contributions affectent directement le modèle financier des cabinets qui interviennent fréquemment devant les cours d’appel ou dans des contentieux à dimension économique. La façon dont la prochaine mandature négociera ou contestera ces mesures face au Parlement dépendra de sa ligne politique et de sa capacité à peser sur la Chancellerie.
Le quatrième chantier est déontologique. La résolution du 14 septembre 2026 propose d’instaurer un principe de publicité des décisions disciplinaires sanctionnant le harcèlement ou la discrimination, par modification de l’article 184-II du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991. Cette réforme réglementaire doit être portée auprès des pouvoirs publics par le CNB lui-même : sans un engagement explicite de la nouvelle mandature, la résolution restera sans suite normative.
Mode d’emploi pour un avocat qui souhaite peser sur le scrutin
Participer utilement aux élections du CNB ne se réduit pas à voter le jour du scrutin. Plusieurs démarches permettent à chaque avocat d’exercer une influence concrète sur les orientations de la profession.
La première consiste à télécharger et lire les listes publiées le 4 octobre sur le site cnb.avocat.fr, en repérant les candidats de sa circonscription, leurs barreaux d’origine et leurs éventuelles affiliations à des syndicats ou des associations professionnelles comme le Syndicat des avocats de France, l’Union des jeunes avocats ou les associations issues du mouvement des jeunes collaborateurs.
La deuxième démarche est de formuler des questions précises aux candidats sur des sujets qui affectent directement la pratique quotidienne. Quelle position sur les nouvelles contributions budgétaires envisagées dans le PLF 2027 ? Quelle stratégie pour actualiser le vade-mecum face aux plateformes d’IA générative ? Quelle ambition sur la publicité des décisions disciplinaires en matière de harcèlement ? Ces questions peuvent être adressées lors des réunions de présentation des listes organisées par les barreaux, ou transmises directement aux candidats actifs sur les réseaux professionnels.
La troisième démarche est logistique et souvent négligée. Il convient de vérifier auprès de son barreau dans quel collège on vote, de s’assurer que ses coordonnées sont à jour pour recevoir les accès au vote électronique, et de noter la date du scrutin dès sa communication officielle. Un taux de participation faible affaiblit la légitimité de l’instance élue et, par ricochet, sa capacité à résister aux arbitrages budgétaires défavorables à la profession ou à obtenir des avancées sur des sujets déontologiques sensibles.
Bon vote !
Voir les listes de candidatures aux élections du CNB 2026 pour les collèges ordinal et général, dans les circonscriptions nationale et Paris.