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Le CNB s’associe à Jimini AI pour former les élèves-avocats à l’IA juridique dès 2026

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Le 15 septembre, le Conseil national des barreaux a publié un communiqué décrivant Jimini AI comme un copilote d’intelligence artificielle générative conçu pour les avocats, capable d’analyser des documents, de conduire des recherches juridiques et d’assister à la rédaction d’actes ou de pièces de procédure. Le déploiement se fera progressivement avec les écoles d’avocats, dans le cadre d’un partenariat portant aussi sur la mise à disposition de ressources pédagogiques organisées autour de plusieurs axes : bonnes pratiques d’utilisation de l’IA, protection des données sensibles des clients, prévention des biais algorithmiques et vérification systématique des résultats produits par l’outil.

Ce type de partenariat institutionnel est une première dans la formation initiale française des avocats. Jusqu’ici, l’initiation aux outils d’IA juridique relevait de l’initiative individuelle des élèves-avocats ou de certains cabinets lors de l’accueil en stage. En inscrivant un copilote dans le parcours de formation lui-même, le CNB modifie structurellement le profil des nouveaux entrants dans la profession. Les élèves-avocats qui achèveront leur formation dans les prochains mois auront développé des réflexes d’usage de l’IA juridique que leurs aînés n’ont, pour la plupart, pas encore acquis de façon systématique.

Une génération formée à l’IA : les effets concrets sur les cabinets

Pour un associé ou un responsable de formation interne, la conséquence directe est simple à formuler : les collaborateurs issus des écoles d’avocats utiliseront naturellement un copilote pour préparer un résumé de pièces, identifier une jurisprudence pertinente ou rédiger une première trame d’acte. Si le cabinet n’a pas défini de règles claires sur l’usage de ces outils, ce vide peut exposer à des risques concrets. La confidentialité des données clients peut être engagée sans que personne ne s’en aperçoive. Des productions de l’IA peuvent être utilisées sans vérification suffisante. La responsabilité professionnelle de l’avocat signataire reste entière quelle que soit la source du travail préparatoire.

Au-delà des risques, ce décalage entre les pratiques des entrants et celles du reste du cabinet crée aussi des tensions sur les méthodes de travail. Un collaborateur formé à utiliser un copilote ne comprendra pas forcément pourquoi certaines tâches doivent être réalisées manuellement, si le cabinet n’a pas explicité ses choix organisationnels. L’annonce du CNB est donc aussi une invitation : se saisir de la question de l’IA dans l’organisation interne, avant que l’écart de pratiques entre générations ne s’installe comme un problème de management difficile à rattraper.

Structurer une politique d’usage interne : méthode et questions à trancher

Mettre en place une politique d’usage de l’IA juridique au cabinet ne requiert pas nécessairement l’acquisition d’un outil coûteux ni l’intervention d’un prestataire externe. La première étape est documentaire : formaliser une charte interne fixant les usages autorisés, les catégories de données exclues du traitement par l’IA (données identifiantes des clients, pièces couvertes par le secret de l’instruction, actes de procédure non finalisés), les obligations de vérification et les modalités de supervision.

Plusieurs questions concrètes structurent ce travail. Quels types de tâches peuvent être délégués au copilote ? La recherche jurisprudentielle assistée par IA est généralement moins sensible que la rédaction d’une conclusion ou d’un acte qui engage directement la responsabilité de l’avocat signataire. Qui, au sein du cabinet, est habilité à utiliser l’outil, et dans quelles conditions de supervision ? Comment les productions de l’IA sont-elles tracées et archivées pour permettre un contrôle en cas de litige ou de mise en cause déontologique ?

Le CNB a explicitement intégré dans le cadre pédagogique du partenariat la prévention des biais et la vérification des résultats. Ces deux points méritent une attention particulière : un copilote d’IA générative peut produire des références jurisprudentielles inexactes, des synthèses partielles ou des formulations juridiquement contestables. La seule obligation qui s’impose à l’avocat, quelle que soit la sophistication de l’outil utilisé, est de vérifier, d’assumer et de signer.

Points de vigilance déontologiques : confidentialité des données et cadre réglementaire

L’usage d’un copilote d’IA juridique soulève deux catégories de questions déontologiques que les cabinets doivent traiter avant tout déploiement. La première concerne la confidentialité des données. Selon les modalités techniques de la solution, les documents soumis à l’analyse peuvent être traités sur des serveurs tiers, parfois hébergés en dehors de l’Union européenne. L’avocat est tenu, en application des règles du secret professionnel, de s’assurer que les données de ses clients ne sont pas exposées à des tiers non autorisés. Une vérification des conditions générales d’utilisation de l’éditeur, de ses certifications de sécurité et de ses garanties sur la non-réutilisation des données saisies à des fins d’entraînement des modèles s’impose avant toute utilisation, que la solution soit Jimini AI ou toute autre solution disponible sur le marché.

La seconde catégorie concerne le cadre réglementaire européen. L’AI Act, applicable par étapes depuis 2024, impose des obligations de transparence sur certains contenus générés par l’IA. Dans un contexte juridique, la question du marquage des productions d’un copilote et de l’information du client sur les méthodes de travail employées reste à préciser pour les cabinets d’avocats, mais elle mérite d’être anticipée plutôt que découverte à l’occasion d’un incident. Le Règlement intérieur national n’a pas encore évolué sur ce point, mais des orientations du CNB pourraient compléter le cadre dans les mois à venir, notamment à mesure que le déploiement de Jimini AI dans les écoles d’avocats produira ses premiers effets pratiques.

Ce qu’il faut retenir

  • Le CNB a annoncé le 15 septembre 2026 un partenariat avec Jimini AI pour équiper tous les élèves-avocats d’un copilote d’IA juridique dès la formation initiale, avec un cadre pédagogique centré sur la prévention des biais, la protection des données et la vérification systématique des productions de l’outil.
  • Les cabinets qui accueilleront ces nouveaux collaborateurs ont intérêt à formaliser dès maintenant une charte interne d’usage de l’IA, précisant les périmètres de délégation aux outils, les obligations de vérification et les niveaux de supervision requis selon le type de tâche.
  • Avant tout déploiement d’un copilote, une analyse des conditions de traitement des données par le fournisseur est indispensable pour garantir le respect du secret professionnel, indépendamment de l’origine institutionnelle ou commerciale de la solution retenue.
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